Emmanuel Breteau

Photographe

J’ai grandi à Corbeil-Essonnes (91), d’où je rêvais la montagne. En 1990, je m’installe dans hameau du Trièves dans le sud du département de l’Isère. Je découvre alors le monde rural et commence à photographier les paysages préservés de cette région et les habitants dans leur quotidien. Puis la découverte et la passion de la montagne me poussent à aller photographier d’autres sujets, d’autres paysages et d’autres personnes à travers les Alpes.

J’aime photographier les gens en les accompagnant dans leurs activités, comme partir à pied avec les éleveurs de moutons pour dix jours de transhumance, ou encore accompagner une équipe de bûcherons slovaques dans le Vercors. Ces immersions me permettent de comprendre les gestes des uns et des autres et de saisir les attitudes propres à chaque activité. J’aime aussi photographier l’environnement de ces personnes, les alpages, l'habitat, les vallées sauvages ou industrielles.

Toutes ces rencontres m’ont permis de comprendre le b-a ba de la vie en milieu rural et ont naturellement déterminé l’axe principal de mon travail : le monde rural alpin et ses mutations. Par ailleurs, depuis une quinzaine d’années je me passionne pour l’art rupestre préhistorique dans l’arc alpin, avec la fascination d’imaginer les auteurs de ces mystérieux dessins gravés sur les roches de plein air.

Bien que j’apprécie la photographie en couleur, souvent le noir et blanc s’impose, pour le plaisir de capter les lumières et de les retravailler plus tard au laboratoire, aujourd'hui l'ordinateur.

Au delà de l’image, la photographie c’est aussi le plaisir de la rencontre. En un premier temps, avec les personnes que je photographie et plus tard avec les différents collaborateurs : Avec les archéologues autour de l’art rupestre ; Avec les ethnologues et les historiens pour un travail en commun sur un territoire ou sur une thématique ; Avec les responsables de musées pour exposer un sujet ; Avec un chorégraphe et ses danseurs qui s’emparent de mes photos pour créer un spectacle ; Et enfin avec l’écrivain Pierre Magnan qui a préfacé mon premier livre (Lou Pastre) et pour son amitié.

Mon travail existe grâce à la confiance que m'accordent toutes ces personnes. Il a pu s'inscrire dans la durée grâce à la complicité et au soutien des musées, des parcs naturels régionaux et autres organismes qui exposent mes images ou me passent commande de reportages, ainsi qu'aux revues qui publient mon travail.

PUBLICATIONS

Roches de mémoire – 2010
Roches confidentes – 2005
Une année à Roissard - 2004
Lou Pastre – 2001
Je suis né à charbonnier dans le Vercors – 2000
Les îles de Robinson - 1999

 

PORTRAITISTE DU TRIEVES

Depuis 20 ans, ce photographe explore les paysages et les personnages du Trièves, ce petit pays du Sud-Isère. Un panorama sensible et vivant d’une région qui semblait immuable.
Depuis les contreforts du Vercors, Le Percy domine le plateau du Trièves. C’est le point de vue préféré d’Emmanuel Breteau. En toile de fond : l’Obiou et le Grand-Ferrand. Au pied : une immense mer de verdure habitée, avec des clochers, des fermes et des hameaux ,isolés, une mosaïque de champs cultivés, de haies et de bois, des routes qui serpentent... Tout est dit ou presque. Il faut pourtant zoomer pour entrer dans l’intimité de ce paysage. Originaire de la région parisienne, EmmanuelBreteau, 48 ans, s’est installé dans le Trièves à la fin des années 1980, séduit par la qualité de vie. À cette époque, son photographe de père renouvelle son matériel. Emmanuel Breteau hérite de boîtiers et objectifs désuets et d’une vocation. Il tient son sujet et depuis ne l’a plus jamais lâché : le Trièves ! « Je ne savais pas qu’il existait encore des pays comme ça, avec une vie rurale préservée. C’était exotique pour moi. La photographie me permettait d’entrer chez les gens, de témoigner. J’étais captivé. Il y avait des paysages exceptionnels, mais aussi des gens fascinants et des traditions. Je savais que ce monde-là était en voie de disparition. J’ai voulu le mettre en images. » Emmanuel Breteau s’introduit dans les cours de fermes, chez le boulanger. Discret, il suit la tournée d’un commerçant, l’abattage du cochon, les moissons, assiste à une vogue... Avec tendresse, il saisit la vie telle qu’elle est en rendant hommage aux gens de peu. Aujourd ’hui, il confronte ses images anciennes et récentes. Le portrait de cet écolier daté de 1993, par exemple : il est aujourd’hui maçon. « En 20 ans, le paysage a changé avec l’arrivée du viaduc de l’autoroute et la construction de lotissements. Les habitants aussi ont changé. Une nouvelle population s’est installée, composée de jeunes urbains adeptes de la décroissance. Les habitants du cru ont parfois l’impression d’être dépossédés de leur pays, de ne pas le reconnaître. Des traditions disparaissent au profit de nouvelles pratiques. Il y a une méfiance réciproque mais aussi parfois un terrain d’entente insoupçonné. Ainsi autour de la vigne. Des jeunes urbains réhabilitent des vignobles et les anciens sont heureux de voir le retour des vendanges. » 

Source : numéro spécial d’Isère Mag